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Chapitre
troisième |
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I. L'apprentissage : les étapes du changement Les systèmes qui fonctionnent bien disposent apparemment d'une meilleure flexibilité et d'un plus grand répertoire de règles, alors que des systèmes "malades", c'est-à-dire très conflictuels, n'ont qu'un nombre réduit de règles, et elles sont difficilement modifiables. (Paul Watzlawick, Les cheveux du baron de Münchausen, p.30) La conscience de l'esprit éveillé ne porte pas sur un nouveau monde, nous ne voyons pas des choses différentes, nous voyons les choses différemment. (Chögyan Trungpa, l'aube du tantra, p. 59) 1. Changement et manipulation. On a déjà vu que, selon nos propres prémisses, le changement et la manipulation pouvaient s’étudier conjointement. On peut dire, pour préciser, que tous les changements sont le fruit d'une manipulation ou d’une automanipulation réussie. Bien sûr, sur le plan pragmatique il sera possible de distinguer les changements selon qu'ils ont été obtenus volontairement ou "par inadvertance". On peut vouloir changer consciemment, par exemple on peut vouloir se sentir "plus sûr de soi", mais on peut aussi changer, et s'en apercevoir après coup. La prise de conscience ne conduit au changement que dans des situations particulières. Dans la situation la plus courante, c'est le comportement qui change, et quand le comportement change la perception change, et quand la perception change, alors il en résulte une prise de conscience. (E.T.Hall) Tout changement suppose le déplacement d'une position vers une autre. Mais un déplacement de quoi ? 2. Se changer soi-même et changer les autres Il est illusoire de penser que l'on puisse apprendre à manipuler les autres sans avoir préalablement appris à se manipuler soi-même ; et dans cette phrase le mot important est "préalablement". Nous vivons dans un monde où la Carte est toute puissante, et où l'idée domine selon laquelle, il est difficile de changer et cela d'autant plus que nous avons une forte personnalité. Les proverbes de nos aïeux viennent à la rescousse de l'immobilisme car s'il est vrai que chasser le naturel ne sert à rien puisqu'il revient au galop, ou que quels que soient les changements apparents que nous obtiendrons sur nous-mêmes, notre moi profond ne changera pas. Et puis, zut, " j'ai toujours été comme ça ", " c'est plus fort que moi ", " pourquoi voulez-vous que ça change ? ". Le non-changement expliqué, justifié, conduit à l’immobilisme. Il est vrai que, plus on croit à son Moi, tant superficiel que profond, plus il sera difficile de changer, et cela pour l'unique raison que l'on est intimement persuadé qu'il est impossible de changer. La façon même dont le problème est posé rend toute solution impossible. 3. Vrais et faux changements Selon la CD, suivant en cela l'exemple de l'Ecole de Palo Alto, il est toujours possible de changer, mais de changer quoi ? Les changements dans notre vie peuvent être de natures très différentes. Changer de cravate, de pantalon, ou même d'appartement n'est pas de même nature que de devenir soudainement discipliné dans son entreprise, ou de supprimer tous les comportements de timidité qui nous handicapaient précédemment. Palo Alto nous a appris qu'il existait deux sortes de changements, les changements 1 qui ne changent qu'un aspect d'un système comportemental, et les changements 2 qui changent le système lui-même. Mais n'est-ce-pas là encore une dichotomie dangereuse ? En systémique nous apprenons qu'un système est composé d'éléments en relation dynamique, d'une frontière avec l'environnement permettant un certain nombre de passages de frontières, soit vers l'extérieur soit pour entrer dans le système. Nous apprenons aussi qu'un système donné a la possibilité de prendre un certain nombre de positions. Par exemple si l'on considère les membres d'une famille comme un système, et la maison comme frontière, on s’aperçoit qu'à table comme dans les différentes occupations familiales, les éléments de ce système (les membres de la famille) peuvent occuper différentes positions : celle du repas de famille, celles de l'après-dîner, celles du lever...Le nombre de positions différentes que peut prendre un système s'appelle la "variété requise". Quand un système passe d'une position à une autre, - par exemple quand, le repas terminé les éléments se dispersent : la mère de famille rangeant les assiettes dans le lave vaisselle, pendant que le père va allumer la télévision...- le système opère alors un changement 1. Mais si, soudain la fille annonce qu'elle va se marier et amène dans la famille celui qu'elle a choisi, alors le système tout entier change par la venue d'un nouvel élément : il s'agit d'un changement 2. Il est évident que ces changements, sont d'importances différentes, et que, par exemple, la venue d'une copine nouvelle pour les vacances n'entraîne pas les mêmes changements dans le système familial que la mort du père. Notre idée est qu'il est bon de s'attaquer d'abord aux changements 1, parce qu'ils sont plus faciles à obtenir et qu'ils nous permettent en quelque sorte de nous échauffer dans une discipline nouvelle. Entraînons-nous à changer les actes quotidiens : si vous vous habillez toujours dans le même ordre, en mettant par exemple vos chaussettes avant le caleçon, et bien faites l'inverse de temps en temps, si vous petit-déjeunez avant de vous doucher, changez l'ordre de ces actes quotidiens qui sont trop souvent accomplis de façon automatisée. Mais ne perdons pas de vue qu'il s'agit là pour nous de changements secondaires. Les vrais changements sont des changements dans notre mode relationnel avec autrui, comme avec nous-mêmes. Si je réussis à me considérer comme un être ordinaire alors que depuis toujours je me prends pour un génie, j'ai obtenu là un authentique changement qui va changer toutes mes relations avec les autres. Ou même, plus modestement, si j'apprends à dire bonjour tous les jours à ma concierge, à mes collègues de bureau et aux serveurs dans les restaurants, toutes personnes que j’ignorais totalement, j'obtiendrai d'authentiques changements, non seulement dans ma façon de voir le monde et les individus, mais aussi dans leur façon à eux, de me voir. 4. Changer la Carte, le Territoire, et les relations entre les deux Alors, à ce stade, le lecteur attentif, qui a entendu parler de la Carte et du Territoire, peut se poser légitimement une question : que faut-il changer, ou que faut-il changer d'abord : la Carte ou le Territoire ? Affirmons tout de suite un théorème découlant directement de nos prémisses : tout changement est un changement complet, à la fois au niveau de la Carte, au niveau du Territoire et au niveau des relations entre ces deux niveaux de réalité. La philosophie dominante nous dit : changez d'abord vos croyances et vos comportements changeront ensuite, dans la mesure où vos comportements dépendent de vos croyances. Changeons l'idéologie et le monde concret changera. D'autres philosophies plus pragmatiques, plus "béhavioristes", nous disent : changez votre comportement, et les croyances suivront. Pascal nous conseillaient déjà de nous mettre à genoux pour devenir "croyants". D'autres encore nous disent : changez le sens des mots, apprenez à voir autrement ce qui se passe autour de vous, opérez ce que Palo Alto appelle le recadrage. Que dit la CD ? Faisons tout cela en même temps. Abandonnons d'emblée la recherche explicative et cessons de nous poser des questions stupides du genre : " Est-ce la croyance qui entraîne le comportement ou les comportements qui entraînent la croyance ? " Abandonnons tout rapport de cause à effet, et postulons, à la suite de l'idée de la cohérence entre le DIRE et le FAIRE, que croyances et comportements, ayant "naturellement" tendance à s'accorder, les deux sont concomitants ; ils ne sont que les deux faces d'une même pièce et tout déplacement de l'un aura tendance à entraîner un déplacement équivalent de l'autre. 5. Les techniques de changement La crainte fondamentale de tout débutant en techniques de manipulation ou de changement est toujours la même : saurais-je appliquer ces techniques ? Et avant cela : existent-ils des techniques efficaces ? Nous en verrons quelques-unes dans cette partie du livre. Il existe en effet des techniques aidant les changements de croyances. La PNL a su en développer de fort efficaces ; il existe également des techniques permettant le changement de comportement ; et encore des techniques permettant les changements dans la définition que l'on donne aux mots et aux événements que l'on voit, des techniques de recadrage. Notre école utilise ces techniques, et a su créer ses propres outils d'aide au changement. Maintenant il reste une dernière question à aborder. Changer, dans quel but ? Les réponses sont individuelles, et nous laissons à nos élèves le soin de répondre ce qu'ils veulent. Toutefois, nous vérifions toujours que leurs objectifs vont dans le sens des trois axiomes de la CD. Premièrement, changer est nécessaire à qui désire obtenir une plus grande efficacité dans ses actes. L'efficacité augmente au fur et à mesure que l'individu se dépouille de tous les concepts inutiles à la réalisation concrète de ses objectifs. Deuxièmement, changer est nécessaire pour augmenter la place que l'on tient dans la société, pour améliorer son propre système relationnel, maîtriser son environnement. Enfin, changer est nécessaire pour obtenir une plus grande liberté dans le monde, grâce à une plus grande variété de comportements, une programmation nouvelle sensiblement plus riche que celles des autres.
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